Ce
sont des prises de vue inhabituelles qu'Yves MANERA a réalisé
six mois après les terribles inondations qui ont ravagé
le département du Gard.
"Durant l'hiver dernier j'ai commencé à faire
ces photos, un besoin puissant se faisait sentir, une force me
poussait à aller découvrir ce que l'on ne remarque
pas si l'on ne se donne pas les yeux du coeur.
L'eau s'était écoulée, je marchais le long
du Gardon.
Je découvrais des choses plus cachées, plus intimes,
de petites scènes familières et dérangeantes
à la fois.
Ces objets insolites, oubliés, témoins des débordements
passés m'ont touchés.
Qui les a possédé ? Tenu serré dans sa main
? Quels sentiments ont-ils fait naître ?
Ils ont toute une histoire, un voyage, une vie à raconter.
Ce sont des sentiments simples, trop banals, on n'en parle pas,
ce n'est rien...
Pourtant, ils vont chercher jusqu'au fond de notre âme
ce souvenir qui les rend vaguement familier, cela, parfois, fait
mal.
J'ai repensé à cette phrase :
"Les sentiments inexprimés ne s'oublient pas."*
C'est
un autre regard, celui d'un artiste photographe.Ces oeuvres nous
parlent.
Certaines
sont notre passé, notre culture, d'autres sont porteuses
d'espoir.
Myriam Angilella-Scot
* Phrase extraite du dialogue de "Nostalghia" (1983) film du cinéaste russe
Andreï TARKOVSKI (1932-1986).